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Journal de la Production

Production industrielle en France depuis 2019 : les secteurs en recul et ceux qui ont rebondi

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Production industrielle en France depuis 2019 : les secteurs en recul et ceux qui ont rebondi

Entre septembre 2025 et août 2026, la production industrielle en France reste 3,3 % sous sa moyenne de 2019, selon l'indice mensuel (IPI) de l'Insee. Automobile, métallurgie, chimie, bois-papier et construction portent ce recul de l'industrie ; pharmacie et électronique dépassent leur niveau d'avant-crise.

Où en est la production industrielle en France à l'automne 2026 ?

La production industrielle française n'a pas retrouvé son niveau de 2019. L'indice de la production industrielle (IPI) de l'Insee, corrigé des variations saisonnières et des jours ouvrables (CVS-CJO), s'établit à 102,3 en août 2026 pour l'ensemble de l'industrie, en base 100 en 2021. Sa moyenne de 2019 atteignait 106,5, après plusieurs années de stabilité. Sur les douze derniers mois publiés, l'écart reste de 3,3 % pour l'ensemble et de 3,4 % pour l'industrie manufacturière.

La dernière publication de l'IPI (Informations rapides n° 245), parue le 6 octobre 2026, décrit un mois d'août contrasté. La production manufacturière rebondit de 0,3 % par rapport au mois précédent, après une baisse de 0,8 % en juillet, mais l'ensemble de l'industrie se replie de nouveau (moins 0,3 % après moins 0,6 %). Sur le dernier trimestre connu, comparé au trimestre correspondant de 2025, l'industrie manufacturière perd 1,2 % et l'ensemble reste quasi stable (moins 0,1 %).

Cette moyenne nationale masque des trajectoires économiques opposées. Les principales industries présentes sur le territoire ne suivent pas le même chemin : certaines ont perdu un quart de leur volume, d'autres ont gagné plus de 20 %. Le détail par secteur, calculé ci-dessous à partir des séries publiques de l'Insee, dit où se situe le recul réel.

Les secteurs de l'industrie qui ont le plus reculé depuis 2019

Le recul de la production industrielle en France se concentre sur une poignée de secteurs. Le tableau rapporte la moyenne de 2019 de chaque indice à la moyenne des douze mois allant de septembre 2025 à août 2026, sur les séries CVS-CJO de l'Insee (nomenclature A38). Les écarts sont calculés par la rédaction ; les indices eux-mêmes viennent de la banque de données macroéconomiques de l'Insee.

SecteurMoyenne 2019Sept. 2025 à août 2026Évolution
Industrie automobile136,799,9−26,9 %
Industries extractives99,575,9−23,8 %
Bois, papier et imprimerie105,084,6−19,4 %
Caoutchouc, plastique, verre, ciment102,885,6−16,8 %
Métallurgie et ouvrages en métaux109,291,0−16,7 %
Chimie104,192,0−11,7 %
Machines et équipements102,190,7−11,2 %
Électricité et gaz101,595,9−5,5 %
Aéronautique, naval, ferroviaire143,8138,7−3,5 %
Agroalimentaire99,896,7−3,0 %
Équipements électriques102,8106,1+3,2 %
Textile, habillement, cuir111,7121,5+8,7 %
Électronique, informatique, optique107,1117,9+10,1 %
Réparation, installation et autres industries101,7117,8+15,9 %
Industrie pharmaceutique95,6118,1+23,6 %

Source du tableau : Insee, séries IPI CVS-CJO en base 2021, extraites le 18 octobre 2026 ; l'évolution est rapportée par la rédaction à partir de ces indices publics.

Hors du champ strict de l'industrie, la construction suit une pente comparable : son indice de production baisse de 19,9 % sur la période. Bâtiment, génie civil et travaux spécialisés y contribuent tous ; en août 2026, l'Insee mesure encore une baisse de 5,0 % sur trois mois par rapport à la même période de 2025.

Automobile : un quart de la fabrication perdu

L'automobile est le secteur industriel qui a le plus reculé en France depuis 2019. Son indice moyen passe de 136,7 à 99,9, soit une baisse de 26,9 %. Sur la seule année 2025, l'écart avec 2019 atteint déjà 23 %. Les comptes nationaux de l'Insee pour 2025 notent une reprise de 3,3 % de la production du secteur, après une chute de 9,5 % en 2024, sans combler le terrain perdu.

La tendance récente ne confirme pas ce rebond : sur juin, juillet et août 2026, la fabrication de voitures cède 11,9 % par rapport aux mêmes mois de 2025. La filière cumule plusieurs chocs : pénurie de semi-conducteurs en 2021 et 2022, transfert d'assemblages de petits modèles vers d'autres pays, passage au véhicule électrique qui reconfigure les sites de production et les sous-traitants. Pour un salarié ou un candidat, ces chiffres pèsent dans le choix de travailler chez un constructeur ou un équipementier automobile, où l'emploi dépend désormais de l'électrification des usines.

Industries énergivores : chimie, métallurgie, papier et minéraux

Les industries grandes consommatrices d'énergie forment le second bloc du recul. Chimie (moins 11,7 %), métallurgie (moins 16,7 %), bois-papier (moins 19,4 %) et caoutchouc-plastique-minéraux (moins 16,8 %) partagent une exposition commune : le gaz naturel et l'électricité pèsent lourd dans leurs coûts. Après la flambée des prix de 2022, leur activité a chuté, et la production n'a pas rattrapé son niveau antérieur. Pour ces entreprises industrielles, le taux d'utilisation des capacités suivi par les enquêtes de conjoncture de l'Insee reste un repère aussi utile que l'indice de volume.

Le détail des sous-secteurs montre l'ampleur du choc dans certaines fabrications de base. Sur les douze derniers mois, la sidérurgie se situe 12,4 % sous 2019, la fabrication de ciment 24,5 % en dessous et celle du verre plat 35,2 % en dessous. Ces matériaux alimentent la construction et l'automobile : leur repli prolonge celui de leurs clients. Pour réduire leur dépendance aux combustibles fossiles et leurs émissions de gaz à effet de serre, ces industries misent sur l'électrification des procédés et sur l'hydrogène vert produit par électrolyse, encore marginal en volume.

Les industries extractives (carrières, sables, minerais) perdent 23,8 %, en lien direct avec le ralentissement de la construction et des travaux publics, leurs premiers débouchés.

Les filières qui ont dépassé leur niveau d'avant-crise

Une partie de l'industrie française produit davantage qu'en 2019. La pharmacie progresse de 23,6 % : la fabrication de produits pharmaceutiques de base gagne près de 50 % sur la période, portée par les relocalisations de principes actifs soutenues par le plan France 2030. L'électronique, l'informatique et l'optique gagnent 10,1 %, les équipements électriques 3,2 %.

Le textile et l'habillement, longtemps en déclin, affichent une hausse de 8,7 %, tirée notamment par le cuir et la maroquinerie de luxe. Le poste réparation et installation de machines progresse de 15,9 % : l'entretien d'un parc d'équipements vieillissant crée de l'activité même quand l'investissement neuf ralentit.

L'aéronautique occupe une position intermédiaire. Selon les comptes nationaux 2025, la production de matériels de transport a bondi de 10,6 % en 2025, surtout grâce aux livraisons d'avions. La construction aéronautique et spatiale reste pourtant 8,4 % sous 2019 sur les douze derniers mois, freinée par les difficultés d'approvisionnement de sa chaîne de sous-traitance.

Comment l'Insee mesure la production de l'industrie

L'indice de la production industrielle est l'indicateur mensuel de référence pour suivre l'industrie en France. L'Insee le publie environ quarante jours après la fin du mois observé, à partir des enquêtes de branche et de données administratives sur le chiffre d'affaires. La méthode retient un indice de volume : il mesure des quantités produites, pas des prix. La série actuelle prend 2021 comme base 100, et chaque branche y pèse selon sa valeur ajoutée. La documentation de la méthode accompagne chaque publication sur le site de l'Insee, avec les séries brutes et CVS-CJO.

Trois précautions de lecture s'imposent avant de comparer deux dates :

  • retenir les séries CVS-CJO, corrigées des variations saisonnières et du nombre de jours ouvrables, seules comparables d'un mois sur l'autre ;
  • comparer des moyennes sur douze mois plutôt que deux mois isolés, car un indice mensuel est révisé à la publication suivante (juillet 2026 a été corrigé de moins 0,4 % à moins 0,6 %) ;
  • distinguer production et valeur ajoutée : en 2025, la production industrielle progresse de 1,1 % selon les comptes nationaux, mais la valeur ajoutée de l'industrie ne gagne que 0,6 %, car les consommations intermédiaires augmentent plus vite.

À l'échelle d'une usine, la même logique de mesure s'applique avec le taux de rendement synthétique d'une ligne : comparer un volume réel à une capacité de référence, sur une période assez longue pour lisser les à-coups.

Quelles perspectives pour la production industrielle en France ?

La production industrielle en France reste partagée entre deux vitesses, et aucun indicateur publié ne signale un rattrapage rapide des secteurs en retard. L'écart de l'automobile se creuse en 2026, la construction continue de baisser sur un an et les industries énergivores restent nettement sous 2019 malgré la détente des tarifs du gaz et de l'électricité. À l'inverse, pharmacie, électronique et réparation tiennent leur niveau.

Le gouvernement affiche la réindustrialisation comme priorité, mais la croissance de l'industrie reste inférieure à celle de l'économie : selon les comptes nationaux 2025, sa valeur ajoutée progresse de 0,6 %, contre 0,8 % pour l'ensemble des branches. Pour que l'industrie pèse davantage dans le PIB, elle devrait croître plus vite que les services. Les études qui comparent la France aux pays voisins européens utilisent les indices harmonisés d'Eurostat ; cet article s'en tient aux séries nationales de l'Insee, homogènes entre elles.

Pour les entreprises et les responsables de site, ces chiffres plaident pour un pilotage serré des capacités et de la demande, intérieure comme étrangère. Le rôle du manager industriel dans l'organisation des ateliers prend ici tout son poids : adapter les volumes, les équipes et la maintenance à un carnet de commandes qui varie d'un mois à l'autre. La prochaine publication de l'indice de la production industrielle, consacrée au mois de septembre 2026, est prévue par l'Insee le 5 novembre 2026.

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