Les ouvertures d'usines en France laissent en 2025 un bilan net de +19 sites industriels, extensions comprises, contre +88 en 2024 et +189 en 2023, selon le baromètre de l'État publié par la Direction générale des Entreprises en mars 2026. La dynamique de création résiste ; le solde se dégrade parce que les fermetures accélèrent.
- Bercy publie un solde net positif chaque année depuis 2022, mais il fond : +176, +189, +88 puis +19.
- Sans les extensions de sites existants, la France perd 57 usines en 2025.
- Trendeo (-63) et l'observatoire de Bpifrance (+1) arrivent à d'autres résultats, avec d'autres règles de recensement.
Ce que mesure le baromètre de l'État, et ce qu'il laisse de côté
L'indicateur de l'État suit le nombre net d'usines : les nouveaux établissements, déduction faite des fermetures, auxquels la DGE ajoute les extensions et réductions significatives d'un site existant. Une extension entre dans le relevé quand elle augmente l'activité de plus de 40 % ou crée 50 emplois pérennes, parce que son effet sur un territoire équivaut alors à une usine neuve. Le relevé ne retient que les établissements de plus de 20 salariés et paraît deux fois par an, en mars et en octobre.
La définition de l'industrie retenue par Bercy écarte la logistique, les déchetteries et l'artisanat : il faut fabriquer un bien matériel destiné au marché, ce qui rejoint la définition d'un produit issu de la transformation de matières premières. La date qui fait foi est celle de la mise en service, quand le premier produit sort de la ligne, et non celle de l'annonce ou de la pose de la première pierre. Une usine inaugurée en grande pompe ne change donc rien au solde tant que la chaîne ne tourne pas.
L'indicateur traite chaque établissement comme une unité, sans pondérer par la valeur ajoutée ni par l'emploi : une gigafactory de batteries et la première usine d'une start-up pèsent exactement autant. Depuis la relève de mars 2026, un indicateur distinct couvre l'outre-mer, avec un seuil abaissé à plus de 10 salariés ; il recense 2 ouvertures nettes en 2025, hors du total national.
Le solde net publié année après année depuis 2022
Le relevé de Bercy reste positif sur toute la période 2022-2025, mais la pente descend nettement à partir de 2024. Les chiffres provisoires bougent d'une relève à l'autre, car certains projets sont détectés a posteriori : la DGE annonçait 201 ouvertures nettes pour 2023 en mars 2024, ramenées ensuite à 189, et 89 pour 2024 en mars 2025, ramenées à 88.
| Exercice | Bilan net DGE (extensions comprises) | Détail publié |
|---|---|---|
| 2022 | +176 | Réindustrialisation forte, selon la DGE |
| 2023 | +189 | 201 annoncées en mars 2024, puis révisées |
| 2024 | +88 | 89 au communiqué du 13 mars 2025 ; premier ralentissement mesuré |
| Premier semestre 2025 | +9 (provisoire) | 44 ouvertures, 86 extensions, 82 sites fermés, 39 réductions |
| 2025 | +19 | -57 sans les extensions ; 158 extensions contre 82 réductions |
Le chiffre de 2025 se lit donc en deux temps. Les créations et disparitions de sites, seules, donnent -57 : la France ferme davantage d'usines qu'elle n'en ouvre. Les agrandissements significatifs (158) l'emportent largement sur les réductions (82), et cet écart de 76 suffit à repasser au-dessus de zéro. La DGE précise que le nombre de créations reste stable par rapport à 2024 ; c'est la hausse des arrêts de production qui creuse l'écart.
Pourquoi moins d'ouvertures d'usines en 2025 ?
Le recul de 2025 s'explique par une vague de sites fermés plus que par un manque de dossiers d'usine, d'après l'analyse de la DGE. Bercy cite la concurrence internationale accrue, l'essor des surcapacités asiatiques, les droits de douane instaurés par les États-Unis et la hausse des prix de l'énergie, qui pèsent sur la compétitivité des industriels installés dans l'Hexagone.
Les défaillances d'entreprises de l'industrie confirment ce tableau : selon la Banque de France, citée par la DGE, elles progressent de 3 % sur un an en janvier 2026, un peu moins que l'ensemble de l'économie (+4 %). Les filières historiques encaissent le choc, quand l'énergie représente une grosse part du coût de revient ou que le donneur d'ordre, comme l'automobile, réduit lui-même ses volumes.
Le côté création, lui, tient. Les autorisations et enregistrements d'installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) délivrés à des dossiers d'usine restent en 2025 au niveau de 2023 et 2024, un signal avancé puisqu'un dossier ICPE précède de plusieurs mois la mise en service. La DGE en déduit que la création de sites se poursuivra en 2026, sans pouvoir dire si les arrêts ralentiront au même rythme.
Bercy, Trendeo, Bpifrance : pourquoi les chiffres divergent
Trois organismes publient un bilan des usines françaises, et leurs résultats pour 2025 s'étalent de -63 à +19. L'observatoire Trendeo, qui suit les annonces d'usines ou d'ateliers de plus de 10 salariés, chiffre en février 2026 une perte nette de 63 usines sur l'exercice, un niveau qu'il n'avait plus relevé depuis 2013. Pour le premier semestre 2025, Trendeo affichait déjà -25, après -34 au second semestre 2024, avec l'agroalimentaire en tête des filières en recul.
L'observatoire de Bpifrance aboutit à +1 pour 2025. Bpifrance anime aussi La French Fab, la bannière de l'industrie française, qui recense de son côté les inaugurations : 88 sites inaugurés au premier semestre 2025, dont 32 premières usines de start-up industrielles. Ce chiffre d'inaugurations ne se compare pas à un bilan net, puisqu'il ignore les arrêts de fabrication.
Bpifrance, la banque publique d'investissement, finance une large part des jeunes pousses de la deeptech qui passent à la fabrication en série, ce qui donne à l'observatoire de Bpifrance un regard direct sur les créations. La French Fab porte aussi le Tour de France de nos Industries, un événement itinérant qui veut rapprocher la jeunesse de l'industrie et de ses métiers techniques.
Les écarts viennent de quatre choix de méthode :
- le seuil : plus de 20 salariés chez Bercy, plus de 10 chez Trendeo ;
- la date : mise en service chez Bercy, annonce publique chez Trendeo, qui enregistre donc plus tôt les sites fermés ;
- les extensions : Bercy les intègre quand elles sont significatives, Trendeo suit les sites ;
- le périmètre : la logistique et l'artisanat sortent du relevé de la DGE.
Aucun de ces bilans n'est faux : chacun répond à une question différente. Celui de Trendeo, plus réactif, donne le signal d'une tendance ; celui de Bercy, plus tardif, mesure ce qui produit réellement sur le territoire. Pour suivre l'actualité industrielle, croiser les deux évite de conclure trop vite.
Quels secteurs créent le plus d'usines ?
L'industrie verte reste le secteur qui inaugure le plus d'usines en 2025, avec +26 sites nets selon la DGE, devant l'aéronautique, le spatial et la défense (+19) et l'électronique (+12). Ces filières d'innovation concentrent les nouveaux sites de PME et de jeunes entreprises, souvent liées à l'économie circulaire, au recyclage ou aux composants, un tissu que l'on retrouve chez les fabricants d'aimants permanents implantés sur le territoire.
À l'autre bout, le transport (-14), la chimie et la mécanique (-8 chacune), la métallurgie et les biens de consommation perdent des usines. La construction et ses matériaux (+6), la santé (+5) et le bois (+4) restent dans le vert. L'agroalimentaire, premier pourvoyeur d'ouvertures en volume (44), ferme presque autant de sites (45) et finit à -1. Le contraste avec 2024 est net : cette filière affichait alors +20, l'industrie verte +27 et le transport déjà -12, recul que la DGE reliait à la décrue de la filière automobile.
Ce même mouvement explique une part du retournement. Les filières qui gagnent ouvrent beaucoup de petites unités, quand celles qui perdent ferment parfois de grands sites anciens. Le baromètre comptant une unité par site, le bilan net ne dit rien des emplois en jeu : Trendeo, qui les suit, relève environ 10 000 emplois de l'industrie en moins au premier semestre 2025 par rapport au premier semestre 2024.
Quelles régions ouvrent des usines ?
La Nouvelle-Aquitaine affiche en 2025 le meilleur bilan net d'usines (+19) au baromètre de l'État, devant l'Occitanie (+10) et l'Auvergne-Rhône-Alpes (+6). Les régions du Nord, territoires de tradition manufacturière en pleine transformation, reculent : -5 pour les Hauts-de-France, -3 pour la Bourgogne-Franche-Comté.
Le classement varie d'un relevé à l'autre. En 2024, l'Auvergne-Rhône-Alpes dominait avec +32, devant la Nouvelle-Aquitaine (+24) et l'Occitanie (+12), quand le Grand Est (-3) et les Hauts-de-France (-2) passaient sous zéro. Chez Trendeo, la lecture de 2025 s'inverse même en partie : l'Auvergne-Rhône-Alpes (-17) et la Nouvelle-Aquitaine (-14) y reculent le plus, l'Occitanie (+4) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (+3) progressent.
Les préfectures de région publient le dernier relevé à leur échelle, avec la liste des filières locales. Pour une collectivité ou un porteur de projet, ce détail régional sert davantage que le total national, qui agrège des réalités opposées.
Ce qui prépare les créations d'usines de 2026
Environ 150 usines sont en cours de création selon la relève de mars 2026, un portefeuille que la DGE relie à trois leviers. Le crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte (C3IV), reconduit, finance les projets de batteries, de pompes à chaleur, de panneaux solaires ou d'éoliennes. L'appel à projets « Première usine » du plan France 2030, opéré par Bpifrance, relève d'un plan doté au total de 54 milliards d'euros depuis son lancement par Emmanuel Macron en octobre 2021, accompagne le passage d'une start-up du prototype à la production en série. Les sommets Choose France, enfin, servent de vitrine aux annonces d'investissement étranger.
Ces annonces n'entrent au baromètre qu'à la première production : un projet présenté à Choose France en mai peut n'apparaître dans le bilan que deux ou trois ans plus tard. Entre la décision et la première pièce produite, la montée en cadence d'un nouveau site dépend de la qualité du management de la production et des équipes, souvent le point faible des premières usines de start-up.
Le soutien public s'étend aussi à l'échelle européenne, avec la défense de la préférence européenne et le renforcement du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), censé protéger les usines françaises contre la concurrence de pays aux règles environnementales moins strictes.
Lire un chiffre d'usine sans se tromper
Un chiffre d'ouverture d'usine se lit toujours avec sa source, son périmètre et sa date de relève. Le premier semestre 2025 en donne un exemple concret : 44 ouvertures plus 86 extensions, moins 82 sites fermés et 39 réductions, donnent +9 au baromètre de Bercy. Sur la même période, Trendeo publie -25 en ne retenant que les sites, et La French Fab célèbre 88 inaugurations.
Trois réflexes évitent les contresens :
- vérifier si le bilan inclut les extensions, qui pèsent jusqu'à 76 unités nettes en 2025 ;
- regarder la date de la relève, puisqu'un résultat provisoire se révise souvent de quelques unités ;
- ne pas confondre une inauguration, une annonce et une mise en service.
Un article qui titre sur « la France ferme plus d'usines qu'elle n'en ouvre » et un communiqué qui annonce un bilan positif peuvent donc décrire la même réalité. La question à poser reste celle du périmètre.
Usines en France : visites du public, chiffres de 2023 et types de sites
Combien d'usines ont ouvert en France en 2023 ?
Le baromètre de l'État retient 189 ouvertures nettes d'usines en 2023, extensions comprises, son meilleur résultat depuis 2022. La DGE annonçait 201 en mars 2024 avant de réviser ce total aux relèves suivantes.
Quand ont lieu les journées Usines ouvertes ?
L'opération Usines ouvertes, organisée par la Société des ingénieurs Arts et Métiers avec le soutien de la DGE, s'est tenue les 4 et 5 avril 2025 dans plus de 200 usines. Elle ouvre les portes des sites au grand public pour faire découvrir les métiers et les savoir-faire.
Quelles usines ouvrent en France ?
Les nouvelles usines relèvent surtout de l'industrie verte, de l'aéronautique et de la défense, et de l'électronique, d'après le baromètre 2025. Une large part sont des PME, des ETI ou des premières usines de start-up, souvent financées par Bpifrance et France 2030.




