Newsletter N°31 - Je vais bien, tout va bien
Je vais bien, tout va bien
C’est hélas officiel : selon l’Insee, l’indicateur qui résume l'opinion des ménages sur la situation économique a reculé d'un point en mai pour atteindre -38, soit son plus bas niveau depuis mai 2009. En cause, le vrai-faux plan de rigueur du gouvernement, les craintes liées au chômage et, surtout, le débat actuel sur les retraites.
Moi, je les comprends les Français qui n’ont plus le moral. Il y a même de quoi devenir un peu parano en ce moment.
C’est hélas officiel : selon l’Insee, l’indicateur qui résume l'opinion des ménages sur la situation économique a reculé d'un point en mai pour atteindre -38, soit son plus bas niveau depuis mai 2009. En cause, le vrai-faux plan de rigueur du gouvernement, les craintes liées au chômage et, surtout, le débat actuel sur les retraites.
Moi, je les comprends les Français qui n’ont plus le moral. Il y a même de quoi devenir un peu parano en ce moment.
Tiens, hier, je me suis rendu en Suisse (les mains et les poches vides, promis) pour la journée, afin de réaliser un reportage chez un fabricant de cycles. L’aller, aux aurores, s’est bien passé : un silence religieux, ponctué ça et là par quelques ronflements à peine gênants, bref, un bonheur pour tous ceux qui aiment travailler à la fraiche ou regarder le soleil se lever depuis un wagon qui fend l’air à 300 km/h.
Le retour a été un peu plus stressant. D’abord, le wagon dans lequel je me trouvais n’était pas éclairé du tout. Pas très handicapant à 18 h, mais j’anticipais déjà les problèmes qui allaient apparaître quelques heures plus tard, moi qui aime presque autant travailler à la tombée du jour qu’au petit matin (on ne se refait pas…). Mais surtout, au dernier arrêt avant la frontière, quatre femmes, manifestement suisses, investissaient le carré central du wagon avec un copieux pique-nique accompagné de quelques bouteilles de blanc. Le festin commence et ces dames gueuletonnent et discutent à un niveau sonore entre 70 et 80 dB de moyenne. Tous les sujets sont abordés : Roland Garros, le collègue qui divorce, le petit de la nièce qui semble mettre un point d’honneur à rater ses études de premier cycle, les avantages de la carte de fidélité Migros…
Face à ces Suisses moyennes qui nous criaient leur bonne humeur et leur pouvoir d’achat dans les oreilles, la pression commençait à monter dans le camp français. Chacun décompressait à sa façon, l’un en se permettant de téléphoner, bien fort, dans le wagon plutôt que sur la plateforme (mauvaise idée celle-ci devait, pour une fois, être moins bruyante que le wagon), l’autre en appuyant frénétiquement (cela a duré près de trois heures) sur les touches de son téléphone portable sans en avoir désactivé le son…
A 20h20, le train s’arrête à Dijon Ville… et ne repart plus. Angoisse palpable, sauf pour nos quatre pipelettes, évidemment. Le contrôleur fait une annonce. Mais évidemment, à cause des même pipelettes, personne ne l’entend.
Une rumeur monte : la grève aurait-elle déjà débuté (et oui, il était un peu plus de 20 heures) ? Grosse angoisse. Va-t-on repartir un jour ? Vont-ils relancer la clim, alors que l’on commence à crever de chaud et que la nuit tombe dans notre wagon de plus en plus sombre ? Et ce crétin qui continue de taper sur les touches de son satané téléphone ! On était à deux doigts de l’émeute, voir de la séance de lynchage généralisée.
Le train est finalement reparti. Mais il était trop tard. Tous les voyageurs étaient au bord de la crise de nerfs. Alors comment voulez-vous que ces même gens aient le moral en descendant du train ?! C’est tout bonnement impossible !
Pour ma part, j’ai préféré botter en touche. Avec mon voisin, qui s’était tué les oreilles en poussant à fond le son de son ipod pour couvrir le niveau ambiant, nous avons décidé d’aller boire un café - bien serré, histoire de se calmer… - à la voiture bar. Comme par hasard, nous y avons retrouvé près d’un quart de nos camarades de wagonnée, déprimés…
Bien m’en a pris, cependant, car j’y ai trouvé de quoi me remonter le moral : j’ai rencontré le créateur d’une start-up qui propose aux entreprises des solutions pour éliminer les pertes dans leur chaîne logistique et un jeune architecte plein d’entrain qui m’a fait rêver en décrivant ses projets actuels.
A l’arrivée, il fallait bien se résoudre à rejoindre le wagon maudit. Dans l’obscurité totale, tous les voyageurs étaient debout, cherchant à tâtons leurs affaires et réglant enfin leurs comptes avec les autres : « c’est intolérable de parler aussi fort ! » ; « C’est vous qui faisiez ce bip-bip ? Vous êtes cinglé ou quoi ?! » (pour info, le gars s’en foutait car il ne parlait même pas français) ; « La SNCF, pas foutus de faire arriver un train à l’heure ! ». Ils en avaient gros…
Je n’espère qu’une seule chose : que tous ces gens ne soient pas venus à Paris pour « la manif pour les retraites ». Car dans ce cas, je crains le pire…
Jean-Sébastien
